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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 17:23

Demain, le monde a rendez-vous avec son destin. Du 7 au 18 décembre 2009, se tiendra à Copenhague, la conférence des Nations-Unies sur le climat qui doit négocier la suite du protocole  de Kyoto pour 2012.

Confrontés au péril climatique, nos dirigeants  devront impérativement surmonter leurs divergences d’intérêts de court terme, pour se rassembler autour d’un projet politique mondial à la hauteur des enjeux que nous allons tous affrontés dans les années à venir.

Sur quels objectifs  de réduction des émissions de gaz à effet de serre les pays signataires parviendront-ils à s’accorder ?

Quels rapports doivent exister entre les pays industrialisés  gros pollueurs  et les pays pauvres  (et plus particulièrement les pays africains) qui subissent de manière dramatique les effets du changement climatique dont ils ne sont en rien responsables ?

Les  réponses à ces questions conditionneront  l’échec ou le succès de cette conférence  qui à coup sûr, dessinera d’une manière ou d'une autre, l’avenir de l’humanité dans les décennies à venir.

Sachons que nous serons tous des victimes, tous des perdants, si cette conférence échoue ; car comme le rappelait il n’y a pas longtemps le Secrétaire général de l’ONU, « nous sommes au bord d’une catastrophe si nous n’agissons pas ».

Déjà, l’ensemble du monde vivant connaît  les affres du changement climatique. 300 000 personnes meurent chaque année de ces conséquences. Partout, les écosystèmes sont soumis à de rudes  épreuves comme jamais.

L’Afrique, continent le plus pauvre du monde, en pleine explosion démographique, est particulièrement vulnérable à ce phénomène qu’il subit passivement depuis plusieurs décennies.

Le réchauffement climatique y est donc depuis longtemps déjà, une réalité qui aggrave encore plus le sort des plus démunis: sécheresses, désertification plus marquée encore ou inondations à répétition, progression de maladies, humaines et animales désemparés. Aucun pays du continent n’est épargné.

Partout, les agriculteurs se plaignent de la raréfaction des pluies et de la maigreur des récoltes.

La corne de l’Afrique est actuellement frappée par une sécheresse historique. Des millions de personnes souffrent de famine en Afrique de l’Est en raison du manque de pluies.
L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe sont au contraire frappées par des inondations  exceptionnelles.

Les glaces ont fondu à une telle vitesse qu’elles pourraient avoir totalement disparu d’ici à 20 ans  des plus hauts sommets du continent, le Kilimandjaro, le mont Kenya ou le massif des Ruwenzori.

Cette situation est particulièrement injuste puisque l’Afrique est le continent qui émet le moins de gaz polluants.

N’émettant en effet que  moins de 4 % des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, l’Afrique n’en est pas moins, le continent le plus touché par ce phénomène et de loin le plus vulnérable.

Au vu de ce constat, l’Afrique se doit d‘être d’être à Copenhague, exigeante vis-à-vis des grands pays industrialisés  qui ont  assuré leur développement économique au détriment de l’environnement, et qui ont le plus contribué  au problème du réchauffement climatique actuel. Elle a le droit moral, non seulement de leur demander de s’assumer, mais aussi de leurs demander des compensations financières et des transferts de technologies en faveur des énergies renouvelables.

C’est le sens de la déclaration de Ouagadougou par laquelle les chefs d’Etat Africains, réunis dans la capitale du Burkina Faso  du 9 au 11 octobre 2009 dans le cadre du 7e forum mondial sur le développement durable,p^l consacré aux changements climatiques, ont en reprenant la plate-forme d’Alger de novembre 2008 , ainsi que la déclaration de Nairobi  de mai 2009 sur le processus africain de lutte contre les changements climatiques, posé les jalons du débat de l’Afrique sur le changement climatique, les gaz à effet de serre, le développement durable.

Cette réunion fut l’occasion pour les chefs d‘Etat du continent particulièrement touché par le réchauffement d’adopter pour la première fois une position commune, en prévision de la conférence onusienne sur le climat  qui s’ouvre demain à Copenhague.

Sur la base de cette déclaration (que nous publions ci-après) , l’Afrique se présentera donc demain à Copenhague avec une contribution unique qui sera défendue par une commission de négociation composée de 10 pays africains et présidée par le 1 er ministre Ethiopien Meles Zenawi.



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La déclaration de Ouagadougou

(Adoptée par les chefs d'Etats et de gouvernements présents à Ouagadougou à l'issue du Forum mondial sur le développement durable tenue du 9 au 11 octobre 2009)



Le 11 Octobre 2009


NOUS, Chefs d'Etat et de Gouvernement, réunis au Forum mondial du développement durable de Ouagadougou, le 11 octobre 2009.

Considérant que la quinzième Conférence des Parties (COP-15) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques constitue une étape cruciale pour l'établissement d'un nouveau régime climat (post-Kyoto 2012).
Prenant en compte la Déclaration ministérielle de New Dehli sur les changements climatiques et le développement durable à l'occasion de la huitième Conférence des Parties (COP-8) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques tenue, du 23 octobre au 1er novembre 2002.
Considérant les grandes orientations de la feuille de route de Bali de 2007.
Prenant en compte la Conférence ministérielle sur la santé et l'environnement en Afrique, tenue à Libreville en 2008.
Prenant en compte la plate-forme d'Alger de novembre 2008, ainsi que la Déclaration de Nairobi de mai 2009 sur le processus africain de lutte contre les changements climatiques.
Considérant la création de la Conférence des Chefs d'Etat africains sur les changements climatiques par l'Assemblée de l'Union africaine à Syrte en juillet 2009.
Considérant les recommandations de la Déclaration de Dakar de mai 2009 adoptée par la Conférence des ministres africains chargés de la lutte contre l'érosion côtière.
Reconnaissant que les changements climatiques constituent un défi majeur de l'humanité pour l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Etant entendu que la vulnérabilité lié à la fois à la variabilité du climat et aux changements climatiques influence fortement les capacités des pays, des individus et des systèmes de production à atteindre leurs objectifs de développement durable.
Considérant la fréquence et la sévérité des événements climatiques extrêmes et leurs effets sociaux notamment les migrations, les conflits et les problèmes sanitaires.
Considérant que l'énorme potentiel dont recèle l'Afrique en matière d'énergies renouvelables insuffisamment exploité, peut satisfaire largement ses besoins énergétiques.
Notant que les importants efforts consentis au niveau international pour éliminer les substances appauvrissant la couche d'ozone en rapport avec les changements climatiques demeurent insuffisants.
Considérant la nécessité pour les pays africains de saisir les opportunités de financement et d'investissements directs liés au marché offertes notamment par le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP).
Considérant que l'accès et la mobilisation des financements sont une condition indispensable pour la mise en à "uvre des actions d'atténuation et d'adaptation.
Considérant que la coopération Sud-Sud assure aussi un transfert de technologies qu'il appartient aux pays africains de renforcer.
Considérant que le transfert de technologies est reconnu comme une condition indispensable aussi bien pour les actions d'atténuation que d'adaptation.
Considérant la décision des Chefs d'Etat de l'Union africaine relative à l'application des conclusions du 1er Forum mondial du développement durable de l'Afrique, tenu à Brazzaville en octobre 2008.
Considérant la nécessité d'intégrer les groupes vulnérables, notamment les femmes et les jeunes dans les stratégies nationales de développement durable.
Prenant acte de la volonté de la communauté internationale de réduire de manière significative les émissions de gaz à effet de serre et leurs effets sur le climat.

DECIDONS

1. De promouvoir l'intégration de l'adaptation aux changements climatiques dans les politiques, programmes et stratégies de développement aux niveaux local, national et régional afin d'apporter une réponse globale aux défis posés par les changements climatiques et de saisir les opportunités offertes par ces derniers en termes de développement durable.
2. De renforcer davantage les capacités des populations et des institutions à travers l'échange et la promotion d'expériences positives dans le cadre d'un partenariat capitalisant l'expertise existante et la diffusion des bonnes pratiques.
3. De soutenir la feuille de route de Bali qui vise à inclure dans les traités sur le climat post-Kyoto 2012, un mécanisme permettant de prendre en compte la Réduction des émissions dues à la dégradation et à la déforestation des forêts (REDD) et plus récemment encore, les négociations incluant la gestion durable des forêts (REDD+), sous forme de financements directs des politiques nationales basées sur une approche sectorielle, avec la création d'un fonds intérimaire spécial principalement alimenté par les contributions des pays développés.
4. D'accroître les puits de carbone à travers un vaste programme de reboisement et de conservation des écosystèmes forestiers.
5. De faire une réévaluation stratégique du soutien à l'agriculture africaine avant l'échéance des Objectifs du Millénaire pour le Développement, en vue d'une gestion durable des terres, des ressources en eau, des ressources animales et la promotion de l'agriculture écologiquement durable.
6. D'inscrire dans les options d'adaptation, des actions visant le renversement des tendances à la dégradation des ressources hydrauliques et terrestres, des bassins fluviaux et lacustres.
7. De lancer un appel pour un soutien vigoureux à la lutte contre l'érosion côtière en Afrique.
8. De renforcer les capacités locales, nationales et régionales en matière de gestion des substances appauvrissant la couche d'ozone et la mise en place d'un observatoire africain sur le mouvement transfrontalier des déchets dangereux.
9. D'appuyer la position africaine qui plaide pour une reconstitution substantielle du Fonds pour l'Environnement mondial (FEM) et pour le maintien des acquis de la Convention et du protocole de Kyoto, surtout sur les engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés et l'appui aux pays en développement pour l'adaptation, l'atténuation, l'accès à l'énergie propre, le transfert de technologie, le renforcement des capacités et les financements, à travers des projets et des actions concrètes.
10. De soutenir la prise des engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici 2020 par rapport au niveau de 1990 pour les pays industrialisés ainsi que l'adoption d'actions nationales appropriées d'atténuation pour les pays en développement.
11. De lancer un appel pour l'allègement des procédures et l'assouplissement des conditions d'accès des pays africains aux différents financements y compris les ressources du Mécanisme pour un Développement Propre afin de favoriser l'émergence d'une masse critique de projets appropriés.
12. D'affirmer la position commune africaine qui plaide pour l'assouplissement des conditionnalités de financement, la rationalisation des fonds, la facilitation de l'accès direct et rapide aux ressources par les Gouvernements Parties en développement et la promotion d'un système d'allocation individuelle aux pays.
13. D'accélérer la création de la facilité africaine pour l'Environnement au niveau de la Banque africaine de développement (BAD) pour mobiliser les ressources destinées à l'adaptation et à l'atténuation.
14. De mettre en à "uvre la décision de l'Union africaine qui recommandait à la Banque africaine de développement d'accélérer les études de faisabilité du Secrétariat permanent et du Fonds africain de développement durable.
15. D'insister sur la nécessité du financement du coût total des Programmes d'actions nationaux d'adaptation (PANA) et de leur extension aux autres pays africains.
16. D'accorder une attention particulière à la prise en charge des flux migratoires et la résorption des conflits sociaux consécutifs aux changements climatiques, à travers la mise en place de programmes locaux, nationaux et régionaux y relatifs.
17. De soutenir la production massive d'énergies solaire, hydroélectrique et éolienne pour couvrir les besoins énergétiques de l'Afrique d'ici 2030.
18. De privilégier des modes de transport moins émetteurs de gaz à effet de serre.
19. De promouvoir les modes de production et de consommation durable dans les secteurs de développement et particulièrement dans l'agriculture, les transports, la gestion des produits chimiques.
20. De promouvoir l'utilisation de technologies propres.
21. D'engager rapidement des négociations pour un assouplissement des conditions d'accès aux technologies d'atténuation et d'adaptation sous brevets. 22. D'identifier et mettre en à "uvre de nouveaux types de projets susceptibles d'attirer les investissements et les financements innovants.
23. D'Ã "uvrer à la mise en place d'une agence internationale d'assurance sur le climat dotée d'un mécanisme de financement pour la gestion des effets négatifs des phénomènes climatiques, sur la base de contributions volontaires.
24. De lancer un appel à la communauté internationale pour soutenir le New Green Deal ou Nouveau Pacte Vert pour l'Afrique et les programmes de reverdissement et de reboisement de nos pays.
25. De lancer un appel aux pays du Nord pour qu'ils contribuent davantage à la promotion des énergies à faible émission de carbone et le transfert de technologies propres, pour soutenir les pays les plus vulnérables aux changements climatiques, notamment ceux de l'Afrique.
26. De s'engager à s'approprier le Forum mondial du développement durable, conformément à la résolution prise par l'Union africaine en 2009.

DESIGNONS

Son Excellence Blaise COMPAORE, Président du Faso, pour prendre les dispositions nécessaires afin que cette déclaration alimente effectivement les discussions de la quinzième Conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques.
Invitons le Burkina Faso à envisager dès 2010 et dans l'accompagnement du Forum mondial du développement durable de Ouagadougou, la tenue d'assises financières africaines à même de faire émerger les régulations économiques et les compensations indispensables à un développement durable du continent.

Fait à Ouagadougou, Burkina Faso

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