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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 19:17

La 17ème conférence des Nations Unies sur le climat (COP 17) qui avait eu lieu à Durban en Afrique du Sud, s'est achevée à l'aube du dimanche 11 décembre, après une prolongation des débats  de 36 heures, sur l’adoption d’une plateforme et le report  à 2020 d’une hypothétique adoption d'un protocole contraignant.

En effet, cette conférence   qui devait permettre l’adoption d'une deuxième période d'engagements du protocole de Kyoto qui expire en décembre 2012, n’a finalement abouti qu’à l’adoption d’une feuille de route vers un accord prévoyant d’établir d’ici 2015 un pacte global de réduction des émissions de Gaz à  Effet de Serre.

Cet accord qui rentrerait en vigueur en 2020, englobera certes, pour la première fois tous les grands pays émetteurs (Etats-Unis, Chine, Inde, la Russie ou le Japon) pour lutter contre le réchauffement climatique et devrait avoir une force légale, mais il ne sera pas juridiquement contraignant comme le souhaitaient les pays Européens qui ont finalement dû céder face à l’intransigeance de l’Inde  sur ce sujet.

La décision adoptée à Durban, permet donc simplement de sauver ce qui pouvait l'être du Protocole de Kyoto. Pour ce faire, les négociateurs, face aux intérêts contradictoires des uns  et des autres,  ont finalement décidé de reporter à  2020 l'éventuelle mise en oeuvre d'un nouvel instrument légal sur les gaz à effet de serre et essayer d'aboutir à un plan d'action sur les futures trajectoires d'émissions d'ici à la  prochaine COP 18, qui se tiendra  en décembre 2012 au Qatar .

Cela signifie, comme l’explique Pierre Radanne, expert en politiques énergétiques face au changement climatiqueque « le  Protocole de Kyoto ne mourra donc pas l'année prochaine, car sa charge symbolique est encore trop forte pour les pays en développement et surtout il constitue le seul accord permettant la mise en place de mécanismes de flexibilité et des mécanismes de marché. C'est également dans le cadre du texte sur le protocole de Kyoto que sont prévus les financements de l'adaptation, via le Fonds. C'est donc, plus que la mort du Protocole de Kyoto, son endormissement progressif : si certaines fonctions vitales subsistent (tels que les « MDP » qui permettent de développer des projets fondés sur des technologies peu émettrices de CO2 dans les pays du sud), sa nature juridique, cœur du texte et ses engagements contraignants, sont mis en sommeil. »

C’est d’ailleurs grâce à ce tour de passe-passe, que les  pays en développement qui réclamaient la prolongation du protocole de Kyoto, (seul texte qui oblige les pays développés à lutter contre le changement  climatique et à réduire leurs émissions de CO2), ont pour la première fois accepté d’être tenus par un accord légal sur le climat.

Si on ne peut que saluer ce côté « positif » de l’accord, il faut cependant  reconnaitre qu’il soulève plusieurs incertitudes :

-          D’abord on ne sait quelle  sera son ambition finale, puisque cela ne sera discuté que lors de la prochaine COP 18.

-          De plus  il serait faux d'affirmer comme certains, qu'une deuxième période d'engagements du protocole de Kyoto a été adoptée lors de la Conférence du Durban.  Il ne s’est agi que d’un report de décisions à la prochaine COP sans aucun engagement de réduction d'émissions de la part des pays riches. Par ailleurs, si le texte adopté à Durban doit obliger les plus gros pollueurs (Chine, Etats-Unis, Inde) à prendre des mesures pour réduire leurs émissions de Gaz à effet de serre, il ne s’accompagne pas d’une hausse du niveau des promesses des pays à mettre en pratique ces réductions,  déjà largement insuffisantes pour contenir le réchauffement sous le seuil de 2°C.

-          Enfin ,en l’absence de gros pollueurs comme le  Canada, la Russie et le Japon qui ont clairement refusés de s’engager pour une deuxième période, les pseudo nouveaux engagements contraignants ne s’appliqueront qu’à environ 15 % des émissions mondiales.

Dans ce vide de décisions, seul finalement le fonds vert, (principal acquis de la négociation précédente à Cancun) et destiné à soutenir les pays vulnérables aux conséquences du réchauffement, a été officiellement créé. Mais la question cruciale de son alimentation afin qu’il ne reste pas une coquille vide, n’a pu être réglée à Durban. Ce Fonds qui devait, selon l’engagement pris à Copenhague, être abondé de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012, puis de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, ne récolte que quelques dizaines de millions de dollars pour le moment.

Malgré donc la réalité du réchauffement global, confirmée par une accumulation de travaux scientifiques, la communauté internationale, divisée, est impuissante à s'engager dans une feuille de route l'orientant vers une inflexion radicale à court terme de ses émissions de gaz à effet de serre.

Retarder toute action réelle après 2020 est une erreur qui risque de coûter  très cher à l’humanité. « Une augmentation de 4°C de la température mondiale, permise par le plan de Durban, est une condamnation à mort pour l'Afrique, les petits États insulaires, et les pauvres et les personnes vulnérables de l'ensemble de la planète. » comme le dit Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International.

Difficile dans ces conditions, de voir dans l'issue de Durban autre chose qu'un succès des grands pollueurs de la planète et d'un modèle de croissance spéculative insoutenable.

 

O.H.A

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